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Présentation

Les travaux de recherche concernant le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises (RSE) se situent souvent dans une perspective défensive, la conciliation Société - Entreprise étant considérée comme une contrainte à gérer. La RSE est également abordée par des approches de type "Eco-innovation" et "Green Economy", souvent limitées à la modernisation écologique et à l'innovation technologique.

Ces perspectives classiques sont quasi exclusivement centrées sur l'entreprise et négligent les processus sociaux de construction de normes, de règles, de conventions partagées, de définition de rôles et de schéma de relations nouveaux pour l'ensemble des acteurs, au-delà des seules entreprises. Elles sont fondées sur une vision fonctionnaliste et instrumentale de la RSE, qui tend alors ainsi à s'identifier à une liste de "bonnes" pratiques, de "bons" comportements rendus nécessaire par la force de la "Soft Law", mais qui le plus souvent ne mordent pas dans les stratégies de développement des entreprises ni dans les marchés, les produits, les services, les systèmes de production et de consommation liés à l'entreprise. En résulte également une absence de prise en compte des processus d’innovation non technologique nécessaires pour aller vers le développement durable dans une approche en partie décentralisée, marchande et entrepreneuriale.

Or, d'une part, le Business, les entreprises, les marchés, les systèmes de consommation et de production sont de formidables moyens de transformation de la Société. D'autre part, les entreprises sont confrontées à des tensions fortes entre les impératifs de performances commerciale et financière et les enjeux de soutenabilité écologique et sociale, de plus en plus prégnants. La vision du développement durable comme contrainte risque de devenir rapidement source de blocages et insupportable pour les entreprises, alors que les besoins et les transformations de plus en plus nécessaires, peuvent au contraire se traduire en opportunités.

Face à ce constat, nous pensons qu'il est possible aujourd'hui développer une autre manière d'aborder les problématiques Business & Society pour les acteurs économiques, une manière qui repose sur une vision de la soutenabilité comme résultat possible d'un processus de coévolution et de transformations socio-techniques dans lesquels les entreprises, les marchés, les systèmes de produits et services et la création de valeur économique occupent une place centrale, en réseau et en système avec d'autres acteurs et processus (sociaux, écologiques, politiques).

En effet, aujourd’hui l'entreprise est habituée à (co)construire des propositions de valeurs, les faire rencontrer la demande, et mettre en œuvre les moyens (humains, organisationnels, techniques, financiers) pour transformer ces offres en marchés réels, fiables, efficaces, et créer de la valeur économique à travers l'échange. Cette logique doit être appliquée aux besoins sociaux (collectifs) correspondant aux enjeux de soutenabilité actuels. C’est dans cette perspective que de véritables marchés soutenables au sens du développement durable peuvent être imaginés, avec les acteurs concernés, puis testés, améliorés, mis en place et développés de façon profitable et bénéfique pour la Société. De tels processus stratégiques, d'innovation, de construction institutionnelle et de management, que l'on peut rassembler sous les termes "Sustainable Enterprise" ou "Sustainable Business", sont aujourd'hui émergents et constituent des objets d'étude et d'enseignement pertinents pour une Business School.

Le pôle Sustainable Enterprise se donne pour mission de développer des connaissances relatives aux pratiques et stratégies des entreprises, de leurs partenaires et de leurs parties prenantes en matière de "Sustainable Business". Il s'agit d'observer et d'étudier les processus de transformation des structures institutionnelles de marché et la création des Business Model et des modes d'organisations correspondants, ainsi que leurs effets. Au delà de l'observation et de l'analyse de données, de façon plus engagée et moins positiviste, il est également possible de travailler sur ces enjeux avec les entreprises et les acteurs associés, dans des pratiques de recherche action, de recherche intervention, ces sujets s'y prêtant particulièrement.